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IN MEMORIAM. ZAJ47, TRAVAILLEUR INDOCHINOIS – 2

Ecrit par le fils de l’interprète ZAJ 47

” Chaque nuit, le vieil homme famélique dormait sous la couverte du pont japonais de Faifo, la main appuyée sur le flanc de l’autel du singe de pierre, le visage effleurant la maçonnerie de l’ouvrage qui rétractait la chaleur de son souffle. Ainsi il ne perdait pas la raison, pris en creux dans l’existence de sa propre respiration et la solidité éprouvée du monde. Le jour durant, accroupi près de l’entrée du pont Lai Vien Kieu, le « pont des amis lointains », il psalmodiait des versets bouddhiques parfois interrompu par le tintement clair d’une sapèque jetée au sol. Elevé dans une famille indigente de confession catholique, il ne croyait plus en Dieu ; la guerre avait dévoré ses deux fils. En 1915, l’aîné fût enterré non loin de Salonique, abattu sur le front d’Orient. L’année suivante, les recruteurs raflèrent le cadet pour les arsenaux de la Mère-Patrie. Pendant plusieurs mois de rares lettres censurées lui parvinrent de la poudrerie du Ripault, puis son fils fût porté disparu. Inlassablement il priait, dès l’aube nappait le jour de mots. Le cours organisé des pas dans la rue l’indifférait. Le monde s’était compacté dans l’unique image de ses fils, têtes inclinées, déposant respectueusement dans ses mains osseuses leur prime de départ. Depuis plus de vingt ans il prie, pour son fils tirailleur et son fils travailleur réquisitionnés, aux bouches colmatées, remplies de terre étrangère…

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Et pour les arbres qui s’enfournent des obus jusqu’au cœur de leur sève
Et lui, au trou béant dans le thorax plus grand qu’une peine de cœur
Et les champs sous l’été, tavelés de coquelicots
Et l’horizon festonné de pourpre et d’orangé, griffé par les fusants
Et comme de beaux chardons-Marie, ces mains ouvertes ensevelies
Et les corbeaux qui curent les orbites des morts
Et la gueule ensoleillée des canons de 120, qui rougeoient de plaisir dans les coups cadencés
Et celui-là qui vomit des groseilles de sang en appelant sa mère
Et celui-ci qui boit l’eau froide de la tranchée, à pleines narines, calme et rassuré
Et la fleur d’ipomée éclose sur son front
Et ce mal d’amour des obus de 75 qui cherchent des hommes, les trouvent, volages, par cent déjà partis au bras de la mort
Et eux deux qui s’arsouillent au cépage Merlot, qui demandent demain aujourd’hui au plus tard
Près du jeune alsacien qui pleure et se débat, à n’en plus finir de vivre, dans son pantalon auréolé d’urine
Et la dysenterie qui mord les tripes
Et l’air qui fume âcre
Et la terre qui bondit à chaque explosion
Et sous le souffle, rats et chevaux crevés qui sautent les haies comme des cracks de steeple-chase
Et cette odeur de poudre, de viande calcinée, de sueur animale, de terre labourée, fiancée au ferment aigre de la peur
Et ce ciel ouvert comme une boîte de conserve, ce ciel renversé qui crie grâce, au pied des morts entassés dans la maison sans plafond
Et la Mort qui vocifère pour ses cadavres si peu présentables, emplis de poux, sans mâchoires, sans bras , sans jambes, alignés près du vieux endimanché, gisant dans son costume noir, montre en or à la boutonnière
Et la Mort si lasse aux yeux cernés, qui les berce comme des enfants mort-nés, fatiguée d’emporter par milliers ces hommes en leur pleine saison.”

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