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IN MEMORIAM. ZAJ47, TRAVAILLEUR INDOCHINOIS – 1

Un memoire d’un enfant d’ONS de son pere.

” Le 17 octobre 1922 est né le ONS ZAJ 47 ( L.T.D), dans la quiétude du village annamite de Faifo et l’opulence protectrice d’une famille de lettré. Il a 17 ans. La guerre s’allume en Europe. Les fonctionnaires recruteurs et les notables locaux cherchent des hommes pour l’effort de guerre: Des fils, des maris, qu’importe, des tirailleurs, des travailleurs, du sang et de la sueur pour le sol de France. Ils furent près de vingt mille, ouvriers non spécialisés pour la Main d’œuvre Indigène, à connaître la déchirure. Partis du Cambodge, des trois Ky. S’écoulant de la Cochinchine, par milliers du Tonkin et de l’Annam pour aller vers la mer. Dans les ports de Haiphong, Tourane, Saigon, marcher en rangs serrés et sur le quai voler la fraîcheur dans l’ombre disloquée des grues de chargement de port lourd, s’entasser près de l’arrivée des bouches à air qui plongent vers les ponts inférieurs d’un cargo de la compagnie des Chargeurs réunis ou d’un paquebot réquisitionné des Messageries Maritimes. A fond de cale, se battre pour appuyer sa main sur le bord épais et charnu d’un hublot, voir s’effacer, là, sur la droite, le Rocher du Chien dans la baie de Halong, dans un dernier regard… Les salines de Doc Let, les rizières étagées de Sa Pa, les mines du Hongai, l’alignement monotone des hévéas de Dalat, chaque plant de riz du Delta gainé par les pluies lourdes de la mousson clavetaient la mémoire. Pendant le mois et demi de traversée il n’y aurait plus entre paupières et pensées que ce qui n’existerait plus. L.D.T ne savait rien de cette solitude adulte. Ni de la guerre, ni de ces mondes transverses, ni de cette peur au fond des yeux. Une peur lâche, abondante, maternante comme une chienne qui allaite ses petits. La leur, à eux perdus au milieu des docks. Une peur paysanne dans l’excédence métallique. De la violence, il n’en savait que la lumière bleu-acier des attaques foudroyantes de ses coqs de combat. De la douleur, l’odeur âcre du dross et la main précise du père qui malaxait la boulette sombre sur le fourneau en phonolithe de sa pipe. Il ne connaissait que le bruit des pas coutumiers et la présence patiente de la théière blanche toujours emplie dans la cuisine. Posée sur la table, l’exactitude. Un jour il sera médecin et soignera son père épris des fées noires de l’opium. Un jour il nouera à son auriculaire et à celui de la jolie Thanh le fil de soie rouge qui assagira leurs corps enlacés avant le mariage. Un jour… Mais le 30 janvier 1933, quand Hitler devint chancelier du Reich, il est né. Le 5 août 1935, lors du sac de Nankin, le 3 octobre 1935 lors de la prise d’Addis Abeba, il est né.”

“Ce 27ème jour du 8ème mois lunaire de l’année du chien d’eau, dans la belle Indochine, le ciel céda sa fermeté à l’insolence de l’eau et de la terre. Ce 17 octobre 1922, sous le règne de l’empereur Khai Dinh, dans la province du Quang Nam, naquit L.T.D. A sa naissance, nul cri. Il demeurait envasé dans le silence. Inerte, encore vaste et approximatif comme une plaine à peine déchargée de sa nuit… Retiré dans une chambre à l’étage, Lê Dinh Luu sertissait de ses bras l’enfant mâle, le pressait avec douceur contre sa poitrine. Ses mains tremblaient. Ses mains avaient perdu toute puissance et les pièces désertes de la maison accaparaient une géométrie inutile. Une légère tâche de buée opacifiait l’étoffe moirée de sa tunique mandarinale, s’expansait, se résorbait, réapparaissait obstinément tandis qu’une tiédeur profonde et vivace le pénétrait ; la respiration ténue de l’enfant puisait intensément dans la vie. Il approcha ses lèvres de l’oreille de son fils, lui murmura son nom. Maintenant, l’enfant pouvait choisir de retourner au Ciel antérieur ou le signer. Au rez-de-chaussée, les eaux de la rivière Thu Bon refluaient, laissant algues et limon en traînes de bave. Une faible lumière fusant au travers des claustras hachurait le sol, donnant vie, donnant mort aux chatoiements inconstants des carreaux de ciment. A l’aube accomplie, la seconde épouse avait glissé sur l’enduit boueux des marches de l’escalier et délivré ce fils au sixième mois de sa grossesse. Elle mourût en couches. Le ciel avait fait œuvre. Dans la maisonnée les voix se turent. Les serviteurs allumèrent les bâtonnets d’encens. Les hommes ralentirent leurs pas, affaissèrent leurs épaules. Gorgés d’eau, les pieds de meubles éclatèrent. Les femmes se mirent à geindre, de plus en plus fort, ouvrirent grand les ventaux de porte pour annoncer le malheur. D’un coup, à l’air rampant, poisseux et chaud du hall d’entrée, les senteurs, la couleur nouvelle, l’agitation bruyante du marché couvert tout proche, tous les sons dissonants dans la fournaise de la vie qui battait son plein, s’agrippèrent. L’enfant s’arrimait au silence corrompu… Nourri au lait Nestlé importé de France, L.T.D survivra. Durant quelques années dans sa prime enfance, il sera bègue. Adolescent, il possèdera les plus beaux coqs de combat de Faifo.”

 

 

 

 

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