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Pierre Daum : il mène des enquêtes au long cours

Ce journaliste a sorti de l’oubli 20 000 Indochinois immigrés de force dans notre région

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  • Pierre Daum 39 ans, tout juste nommé correspondant de Libération à Montpellier.

Ce pourrait être un polar. Le mystère des 20 000 travailleurs portés disparus, engloutis dans les oubliettes de l’Histoire, entre les années quarante et cinquante. L’enquête débute en 2005. Ce n’est pas un policier qui s’y colle, mais un journaliste de 39 ans, Pierre Daum, tout juste nommé correspondant de Libération à Montpellier.

– Comment avez-vous découvert cette histoire ?
Pierre Daum : En 2005 donc, la société Panzani ferme son usine Lustucru d’Arles, qui conditionne le riz Taureau Ailé produit en Camargue. “Libé” me demande de couvrir les manifs des ouvriers. Je ne connaissais rien à la riziculture, je décide de m’arrêter en passant au musée du riz au Sambuc.  Là, dans un coin un peu obscur, je vois une photo en noir et blanc, avec deux Indochinois en train de repiquer du riz, et cette légende : “1942. Des Indochinois venus planter du riz en Camargue”.

Je trouve bizarre que des Indochinois se soient réveillés un matin en se disant “tiens, je vais m’acheter un billet de bateau, voyager un mois pour aller planter du riz au Sambuc !” Alors j’ai commencé à poser des questions, à fouiller dans les archives, bref à enquêter. Et j’ai découvert qu’en 1939, pour remplacer dans les usines les Français partis à la guerre, l’État français a enrôlé de force, en Indochine, 20 000 jeunes hommes qu’elle a mis dans des bateaux direction Marseille. La prison des Beaumettes qui venait juste d’être construite, a servi de centre de gestion.

Les travailleurs indochinois, étaient formés en compagnie de 250 hommes, il y en a eu 73 qui ont été réparties entre les 15 poudreries françaises. Il y en a eu 5 à Sorgues, Saint-Chamas/Miramas, Toulouse (qui est devenue AZF), Saint-Médard près de Bordeaux, à Bergerac et Angoulême. En juin 1940, la France signe l’armistice avec l’Allemagne. Les poudreries sont fermées. La France organise le rapatriement des Indochinois, mais le blocus britannique interrompt vite les opérations.

4 400 seulement ont pu repartir. 15 000 sont restés, mis par le gouvernement de Vichy à la disposition des patrons – entreprises publiques ou privées – qui avaient besoin de main-d’oeuvre. Ils ont été nombreux en Camargue, dans les rizières et aux Salins de Giraud.

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– Quel statut avait ces travailleurs ? Ils étaient rémunérés ? Libres de leurs actes ?
P.D. : Ni l’un ni l’autre. C’était un système d’internement avec du travail forcé non rémunéré. Les patrons payaient à l’État leurs heures de travail 30 % moins cher que les travailleurs français, mais on n’a pas de traces que l’État ait répercuté ces paiements sur la main-d’oeuvre immigrée. Dans notre région, ils vivaient dans des camps à Mazargues (Marseille), à Sorgues dans le Vaucluse, et à la limite de Saint-Chamas et Miramas dans les Bouches-du-Rhône.

Ils avaient froid et faim, et leur internement était rendu encore plus pénible par la mentalité raciste des commandants de camps qui considéraient les Indochinois comme des sous-hommes et qui pillaient leurs maigres rations alimentaires. C’est le seul exemple connu de colonialisme à l’intérieur des frontières de l’Hexagone.

– Que sont-ils devenus après guerre ?
P.D. : Après la guerre, un millier de ces travailleurs indochinois parce qu’ils avaient rencontré une Française, en étaient tombés amoureux, ont choisi de rester en France et d’y fonder une famille. Les autres ont dû attendre encore de longues années pour pouvoir rentrer chez eux. L’État a commencé leur rapatriement en 1948 et il s’est poursuivi jusqu’en 1952. Au Vietnam, ils ont été injustement soupçonnés d’avoir trahi leurs pays.

En France, on les a oubliés. Quand j’ai commencé à me rendre là où étaient les camps, notamment à Sorgues et Saint-Chamas, il n’y avait plus rien, on n’en savait plus rien. Il y avait seulement les témoignages de leurs descendants. 67 ans après la fin de leur internement, j’ai pu retrouver, rencontrer et interviewer 25 survivants, en France et au Vietnam. J’ai confronté leurs témoignages avec les archives, et j’en ai fait un livre, “Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952)” paru chez Acte Sud en 2009.

Je l’ai présenté dans les villes concernées par cette histoire. J’ai rencontré les descendants des travailleurs indochinois. Beaucoup m’ont remercié d’avoir raconté ce que leurs pères, décédés, ne leur a jamais raconté, mais dont ils soupçonnaient que cela avait été très dur. Et soudain, les mémoires se sont réveillées, les gens se sont souvenus, avoir vu un camp ou rencontré ces travailleurs, soudain j’ai eu des témoignages.

Les élus ont à leur tour reconnu ce que leurs villes devaient à ces Indochinois. Hervé Schiavetti, le maire d’Arles, a été le premier élu de la République, en 2009, à organiser une cérémonie d’hommage, à dire que le riz de Camargue, c’est à ces hommes-là qu’on le doit. En 2011, il y a eu l’hommage commun des élus de Miramas et Saint-Chamas, avec le dévoilement d’une plaque dans le parc de la Poudrerie, puis à Sorgue en 2012.

Enfin il y a ce projet de stèle nationale en Camargue, aux Salins de Giraud, ce sera en 2014. Il devrait y avoir une cérémonie grandiose avec la participation de membres du gouvernement.

– C’est curieux ce silence de soixante-dix ans de ces travailleurs immigrés de force.
P.D. : Les raisons on les connaît c’est le vrai malaise de la société française envers son passé colonial. On n’arrive pas à faire face, donc on enfouit dans le silence, on oublie.

“Lire la suite de l’article dans la Provence Edition Etang d’aujourd’hui”.

Colette Auger

Nguồn: http://www.laprovence.com/article/actualites/2218170/pierre-daum-il-mene-des-enquetes-au-long-cours.html

 

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