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Les indigènes oubliés

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’Etat français recrute de force des travailleurs indochinois pour remplacer les Français mobilisés. Récit d’un des derniers survivants.

01 chuanDeux, quatre, huit, quinze… Par brassées, Lê Bá Dang sort du fond de son atelier parisien ses toutes dernières toiles, grands espaces mouchetés de mille nuances de bleu. Le visage lunaire du peintre de 89 ans est parcheminé de rides souriantes. Le rire, secret de cette increvable vitalité ? Rire et ne jamais douter que «dans n’importe quelle situation, on peut se débrouiller», dit-il pour résumer les péripéties de sa vie. Les plus sombres années de sa jeunesse, à son arrivée en France en 1940, Lê Bá Dang les a longtemps occultées, «tellement c’était horrible». Avec 19 750 autres Vietnamiens, l’artiste a fait partie des linh tho («travailleurs soldats»), ouvriers «indigènes» réquisitionnés par l’Etat français au début de la Seconde Guerre mondiale. A peine une cinquantaine de ces hommes sont encore en vie, dont un livre retrace aujourd’hui l’histoire méconnue (1).

Recrutés pour la plupart de force, ces jeunes Indochinois devaient remplacer dans les usines de la «mère patrie» les Français mobilisés. Ils sont en principe destinés à travailler comme civils dans des entreprises relevant de la Défense nationale, et seulement pour «la durée des hostilités». En fait, bien des linh tho ne pourront rentrer au pays avant le début des années 1950, durablement marqués par le calvaire d’un exil imposé par la puissance coloniale.

Lê Bá Dang fut un des très rares jeunes à se porter volontaire auprès de la main-d’œuvre indigène, nord-africaine et coloniale (MOI) : «A 18 ans, je rêvais d’aventure et ne pensais qu’à m’évader de mon village perdu au fond de l’Annam», raconte-t-il aujourd’hui. Mais 96 % de ses camarades, pour la plupart des paysans illettrés arrachés à leurs champs et à leurs rizières, furent, eux, recrutés de force, souligne Pierre Daum, ancien journaliste à Libération, dans son livre d’enquête.

Des paysans contraints à devenir ouvriers

En septembre 1939, Georges Mandel, le ministre des Colonies, ambitionne de faire venir 500 000 travailleurs de l’empire d’outre-mer, pour l’effort de guerre contre l’Allemagne. En fait, à peine 10 % de ces effectifs seront réunis, dont les Indochinois vont constituer le plus gros contingent, loin devant les Marocains ou les Algériens.

L’expérience de 1914-1918 a montré que les tirailleurs africains et maghrébins font de la bonne chair à canon, tandis que les Indochinois – 50 000 amenés en métropole à l’époque – s’avèrent une main-d’œuvre habile et docile. Lê Bá Dang se souvient encore du passage du recruteur français, en 1939, dans son village de Bich-la-Dong, au centre de l’Annam. Ordre a été donné à toutes les familles ayant au moins deux fils d’en offrir un à la mère patrie. Lê Bá Dang signe. Il n’a que 18 ans et s’est inscrit en cachette de ses parents : «Ma mère a suivi le camion en pleurant. Mon père n’a pas réussi à faire annuler mon engagement. Lorsque je suis parti, il pleurait lui aussi, mais en retrait, caché derrière un arbre.» Le futur peintre ne les reverra jamais. Lui rêve de la France, d’autres veulent surtout fuir le joug humiliant du système colonial, mais la grande masse part à contrecœur pour un pays et un conflit dont ils ignorent à peu près tout. Hormis une prime de départ de 10 piastres (100 francs de l’époque), ces jeunes hommes ne savent ni quand ils rentreront ni de combien sera le pécule qu’on leur fait miroiter.

La traversée augure mal du sort qui les attend : trente à quarante jours à fond de cale, le mal de mer, la promiscuité des châlits de deux ou trois étages, la nourriture infecte, la pluie de coups et de brimades. Cité dans le livre de Pierre Daum, le témoignage d’un commandant français corrobore que les «Nha qué», ainsi que les colons désignent avec mépris les autochtones, sont traités sur ces bateaux «comme autrefois les esclaves sur les négriers». L’arrivée en mars 1940 au pays de la liberté et de l’égalité n’a laissé que des souvenirs glacés à Lê Bá Dang : «Un froid horrible, pas de feuilles aux arbres, pas d’oiseaux. Je me suis dit : “C’est impossible de vivre dans un tel pays !”»

Tous les travailleurs vietnamiens sont parqués à leur arrivée à Marseille dans un bâtiment à peine achevé : la nouvelle prison des Baumettes. Bien que civile, la «main-d’œuvre indigène» est menée à la trique par d’anciens militaires de la coloniale. Répartis en compagnies d’environ 250 hommes, ils vont être dispersés dans les principales poudreries du pays, où, à côté d’ouvrières françaises, ils ont la tâche pénible et dangereuse de remplir les obus et autres munitions. De paysans, ils deviennent des «ouvriers non spécialisés» (ONS, leur dénomination officielle) astreints aux 3 x 8 et à la manipulation de produits toxiques. «Nous travaillons sans gants. Le travail consiste à fabriquer les amorces des cartouches des canons de 75 à partir de cartes de poudre jaune. Cette poudre jaune nous entre dans les cheveux, les yeux, les dents, les narines, les lèvres… De retour au camp, on n’arrive pas à manger, tout est amer. […] Le danger, c’est l’incendie. Toute la tête peut brûler d’un coup», se souvient Le Van Phu, l’un des vingt-cinq anciens ONS qu’a retrouvés Pierre Daum.

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